Blaise Compaoré : Président contesté

Le Burkina Faso est un pays qui a connu une histoire politique complexe. L’un des acteurs de cette complexité est Blaise Compaoré, un militaire qui fut président de 1987 à 2014.

Il est arrivé au pouvoir le 15 octobre 1987 , à la suite du coup d’État contre le père de la Révolution burkinabè Thomas Sankara, il est le fondateur de l’Organisation pour la démocratie populaire/Mouvement du travail (ODP/MT), qui  a fusionné avec douze autres partis politiques pour donner naissance, le 5 février 1996, au Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), ancien parti au pouvoir. 

Blaise Compaoré a été beaucoup plus connus pour avoir été impliqué dans le meurtre de son prédécesseur Thomas Sankara, survenu lors du coup d’État de 1987. Élu président de la République en 1991 , à la suite d’un scrutin contesté et boycotté par l’opposition.

Le règne de Blaise Compaoré a pris fin en 2014, après 27 ans au pouvoir, à la suite du soulèvement populaire des 30 et 31 octobre 2014. En 2022, alors qu’il s’est réfugié en Côte d’Ivoire, il est condamné par contumace, à Ouagadougou, à la prison à perpétuité pour « complicité d’assassinats » et « atteinte à la sûreté de l’État ».

Enfance, formation et débuts en politique

Blaise Compaoré naît le 3 février 1951 à Ziniaré, au nord de Ouagadougou. Il est l’aîné des sept enfants de Bila Maurice Compaoré et de Tiga Thérèse Bougouma2. Son père s’est engagé dans l’Armée française en tant que tirailleur sénégalais en 1934. Il est rentré au pays en 1947, où il exerçait la fonction de garde républicain. 

Blaise Compaoré a entamé l’école primaire à Guilongou (Ziniaré). Plus tard, il poursuit ses études au Collège Saint-Joseph des missionnaires à Fada N’Gourma, puis à l’École normale de Ouagadougou, à partir de la seconde. Brillant, il est parvenu à décrocher un baccalauréat D en 1972. Il  s’est souvent retrouvé à la tête de mouvements de défense des droits des élèves. À la suite d’une manifestation de collégiens en 1971, il fut enrôlé d’office dans le contingent spécial de l’Armée, en guise de correction. Il se retrouve très rapidement affecté à la garde du domicile du président de la République, Aboubacar Sangoulé Lamizana.

La punition sera plutôt une aubaine pour le garçon qui, depuis longtemps, rêvait du métier des armes ,sous l` influence  de son père . En septembre 1973, il réussit le concours d’entrée à l’École militaire interarmées du Cameroun. Pendant les années suivantes, son activité professionnelle au pays a été entrecoupée par de nombreux stages à l’extérieur : spécialisation à l’École d’infanterie de Montpellier ; stages d’instructeur commando à Mont-Louis, à Collioure et à Münsingen en Allemagne, à Briançon et à Montgenèvre ; stage dans les Troupes aéroportées de France ; stage d’instructeur parachutiste à Rabat.

Affecté à la Compagnie d’intervention aéroportée (CIA) de Bobo-Dioulasso en mai 1978, Blaise Compaoré a rejoint Ouagadougou deux ans plus tard, pour occuper la fonction d’aide de camp du chef d’Etat-major des armées. En janvier 1981, il est nommé à la tête du Centre national d’entraînement commando (CNEC) de Pô. Au début de l’année 1982, il effectue un nouveau stage à Pau (France), pour se perfectionner au métier d’officier para. La même année, il gagne ses galons de capitaine. 

Coup d’État du 3 août 1983

Le 3 août 1983, Blaise Compaoré, alors capitaine, soutient  l’action de Thomas Sankara qui avait pris le pouvoir grâce à un coup d’État. Le nouveau pouvoir change le nom du pays : la Haute-Volta est devenue le Burkina Faso. 

Coup d’État du 15 octobre 1987

Après ses études militaires en Algérie, Blaise Compaoré a pris le pouvoir le « Jeudi noir » 15 octobre 1987, lors d’un coup d’État sanglant au cours duquel Thomas Sankara, son prédécesseur à la tête de l’État, a été assassiné. Compaoré a décrit le meurtre de Thomas Sankara comme un « accident ». 

Au moment de prendre la présidence, il a déclaré que Sankara avait « trahi l’esprit de la révolution ». Il a alors engagé une politique de « rectification de la Révolution », qui était en réalité un retour à la normale des relations avec la Côte d’Ivoire et implicitement avec la France, qui s’étaient précédemment envenimées. En septembre 2008, le sénateur et ex-seigneur de guerre libérien Prince Johnson a affirmé que ses hommes avaient participé à l’assassinat de Thomas Sankara et cela à l’instigation de Blaise Compaoré.

Juste après son accession au pouvoir,  Blaise Compaoré a éliminé deux de ses anciens compagnons dans le gouvernement de Sankara. Il s`agit des capitaines Henri Zongo et Jean-Baptiste Boukary Lingani, accusés de comploter contre le régime. 

La responsabilité de Blaise Compaoré dans l’assassinat de Sankara a fait l’objet d’une plainte contre le Burkina Faso , déposée par Mariam Sankara, la veuve de l’ancien président. En avril 2006, le Comité des droits de l’Homme des Nations unies a condamné le Burkina Faso pour refus d’enquêter sur les circonstances de la mort de Thomas Sankara ,et d’en poursuivre les responsables.

Élection boycottée de Blaise Compaoré de 1991, 1998 et 2010 au Burkina faso

Blaise Compaoré a été élu président de la République le 1er décembre 1991. Les principaux partis de l’opposition avaient boycotté cette élection, pour protester contre sa prise de pouvoir illégale. Lors de cette élection, le taux de participation a été de 25 %, traduisant ainsi la très forte instabilité politique et la protestation dans la population. Il est réélu une première fois le 15 novembre 1998. Quelques jours après sa réélection, le célèbre journaliste Norbert Zongo est assassiné par des éléments de sa garde rapprochée à l’instigation de son frère de Blaise Compaoré, François Compaoré.

Le 25 novembre 2010, Blaise Compaoré est réélu dès le premier tour de scrutin à la tête du Burkina Faso, avec 80,15 % des suffrages exprimés, pour un dernier mandat.

Soutien de Blaise Compaoré à des mouvements armés

Le soutien du président Compaoré à des mouvements armés a représenté un facteur de déstabilisation en Afrique de l’Ouest.

Le Burkina Faso était notamment impliqué dans la guerre civile libérienne et dans la guerre civile sierra-léonaise. Il reconnaît ainsi , lors d’une enquête de l’ONU , avoir envoyé quatre cents soldats auprès des rebelles de Charles Taylor en 1994 et 1995 pour les aider à conquérir le pouvoir au Libéria.

Au Sierra Leone, il a livré des armes aux rebelles du RUF. Selon le panel d’experts de l’ONU,  chargé de surveiller le respect de l’embargo sur les armes appliqué au Sierra Leone, au moins 68 tonnes d’armes sont arrivés à Ouagadougou en mars 1999 , avant d’être expédiées au Sierra Leone via le Liberia. Ces armes, officiellement destinées à l’armée burkinabè, ont été achetées au marchand d’armes israélien Leonid Minin.

Blaise Compaoré  a soutenu les milices des Forces nouvelles de Côte d’Ivoire, qui visaient à renverser le président Laurent Gbagbo, lors de la guerre civile qui a déchiré le pays en 2004.

Révolte de 2011 contre le régime de Compaoré

La révolte des burkinabés commence le 22 février 2011, à la suite de la mort d’un élève battu par les policiers de Koudougou au Burkina Faso. Les manifestations, demandant une enquête sur sa mort , et réclamant la fin de l’impunité pour les violences policières, sont réprimées dans le sang en février, et s’amplifient en émeutes au mois de mars. En avril, de nombreuses mutineries éclatent dans les forces de l’ordre, et l’armée . En mai, la contestation se maintient de façon diffuse.

Révolution de 2014, démission, fuite, exil et retour de Compaoré

Dès le début de l’année 2014, le régime Compaoré fait face à la pression de la rue : syndicats et étudiants manifestent presque chaque mois , pour exprimer leur insatisfaction.

Le 30 octobre 2014, Blaise Compaoré fait face à un soulèvement populaire d’une grande ampleur, à Ouagadougou comme dans d’autres villes. Blaise Compaoré souhaitait se présenter pour un cinquième mandat consécutif en 2015. Pour ce faire, l’article 37 de la loi fondamentale – limitant le nombre de mandats présidentiels- doit être modifié. La tension monte , alors que l’assemblée nationale s’apprête à voter cette modification. Des manifestants se pressent près du Parlement et différents bâtiments publics, les forces de sécurité réagissent par des coups de matraques, des tirs et l’emploi de gaz lacrymogène. Cette répression a fait au moins 30 morts. Près de 1 500 personnes franchissent les lignes de la  police et mettent le feu au Parlement. Ils ont pris le contrôle de la télévision peu après.

Sous la pression de la rue et des militaires, Blaise Compaoré a dissout le gouvernement tout en annonçant  qu’il renonçait à modifier la loi fondamentale. Le lendemain, Blaise Compaoré a fini par  quitter le pouvoir , car les militaires ne le soutiennent plus. Le chef d’état-major des armées, Honoré Traoré, annonca ensuite la création d’un « organe de transition », chargé des pouvoirs exécutif et législatif, dont l’objectif est un retour à l’ordre constitutionnel « dans un délai de douze mois ». Exfiltré par les Français après avoir prévenu les partis d’opposition qui n’étaient pas défavorables à l’opération, Blaise Compaoré trouve refuge en Côte d’Ivoire , avec le soutien du président français François Hollande, le 31 octobre ,puis au Maroc le 20 novembre. Après quelques semaines passées au Maroc, Blaise Compaoré retourne en Côte d’Ivoire , où la nationalité ivoirienne lui a été accordée. Il a vécu depuis lors en exil avec son épouse Chantal, et sa fille Djamila.

Le 1er octobre 2016, près de deux ans après sa chute, la justice burkinabé a abandonné les charges liées à la tentative d’amender la Constitution, mais a maintenu celles liées à la répression des manifestations.

En mai 2021, pour la première fois depuis son exil en exil, Blaise Compaoré rencontre à Abidjan Zéphirin Diabré, ministre burkinabé de la Réconciliation nationale. Il est évoqué un éventuel retour de l’ancien président à Ouagadougou, où il pourrait être jugé dans l’affaire Sankara. Le 6 avril 2022, alors qu’il est toujours réfugié en Côte d’Ivoire, il est condamné par contumace, dans ce procès, à Ouagadougou, à la prison à perpétuité pour « complicité d’assassinats » et « atteinte à la sûreté de l’État » en raison de son coup d’État contre Thomas Sankara et de l’assassinat de celui-ci.

En juillet 2022, Blaise Compaoré est enfin rentré au Burkina Faso, après plus de huit ans d’exil à l’étranger. Il a rencontré Paul-Henri Sandaogo Damiba, président de la junte au pouvoir. Malgré sa condamnation à perpétuité, Compaoré n’a pas été arrêté. Il est reparti en Côte d’Ivoire à la fin du mois,et une lettre de Compaoré a été rendue publique. Dans celle-ci, Compaoré demande pardon aux Burkinabés au nom de l’ intérêt supérieur de la nation » sans toutefois nommer précisément les crimes dont il s’est rendu coupable.

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